08 juillet 2008
Orgueil et préjugés, de Jane Austen
Encore une fois j'ai modifié la liste de mon Challenge ABC (que je devrais renommer "mon jeu des chaises musicales ABC") et j'ai lu "Orgueil et Préjugés" de Jane Austen à la place d'un livre d'Isabel Allende que je connais déjà.
Un petit résumé:
Elizabeth est l'une des cinq filles de Mr. et Mrs. Benneth qui espèrent bien voir l'une d'entre elles gagner le
coeur de leur riche voisin. C'est pourtant l'arrivée du riche et
orgueilleux Darcy qui retiendra l'attention de la jeune fille. De là, commence une
intrigue reposant sur deux personnages que l'orgueil et la condition
sociale séparent. Quelle sera l'évolution de leur relation?...
J'ai lu énormément d'avis positifs sur cette auteure et j'ai également constaté que beaucoup de lectrices étaient fan d'Orgueil et Préjugés, c'est donc vers ce livre que je me suis tournée afin de découvrir Jane Austen (ça et le fait que ça soit le seul de ses livres à la bibliothèque publique du coin
).
Je l'ai lu très vite, sa lecture est très agréable, rafraîchissante pour mon cerveau en surchauffe, et je n'ai éprouvé ni ennui ni lassitude en découvrant les péripéties de la famille Bennet. Ce qui est plutôt bien.
Cependant... je n'ai pas trouvé ce roman particulièrement passionnant pour autant. J'ai eu la désagréable impression de relire une histoire de Mme de Lafayette, alors même que "La Princesse de Clèves" est l'un des bouquins que j'ai le plus détesté en raison de son aspect "Voici/Gala au XVII° siècle".
J'ai lu que Jane Austen faisait de très bonnes critiques de son époque dans ses livres, et qu'Orgueil et Préjugés était un très bel exemplaire de ce talent. Je suppose que c'est tout à fait exact, hélas cet aspect du roman ne m'a pas particulièrement interpelée et j'ai trouvé les personnages trop lisses et caricaturaux. Entre les soeurs intelligentes et les soeurs gourdasses, la mère casse-pieds et le père qui préfère ne pas se mêler de ce qui se passe entre les femmes de sa famille, je n'ai pas trouvé de profondeur psychologique exceptionnelle.
Darcy ne m'a pas non plus fait forte impression. Certes il est bel homme, certes il est riche... mais bon, le truc de l'homme dur et froid à l'extérieur mais courageux, sympathique et doux à l'intérieur est plutôt du vu, revu et rerevu.
J'ai aussi parfois eu du mal avec le style, je ne sais pas comment l'expliquer mais j'éprouvais des difficultés à comprendre certaines phrases de temps en temps, elles me semblaient tarabiscotées et bizarrement construites. Cela m'a poussé à aller consulter le livre en anglais et à ma stupeur j'ai découvert que la traduction avait zappé pas mal de texte anglais. Voyez par exemple ce passage-ci en français (p280 dans la collection 10/18):
Mary et Kitty ont été très gentilles. Ma tante Philips, venue à Longbourn mardi, après le départ de notre père, a eu l'obligeance de rester avec nous jusqu'à jeudi.
La version originale donne:
"Mary and Kitty have been very kind, and would have shared in every fatigue, I am sure, but I did not think it right for either of them. Kitty is slight and delicate; and Mary studies so much, that the hours of repose should not be broken in on. My aunt Philips came to Longbourn on Tuesday, after my father went away; and was good as to stay till Thursday with me."
En principe c'est la version française qui est la plus longue... mais là on constate clairement qu'il y a "un peu" plus de texte en version originale.
La phrase surlignée est carrément passée à la trappe alors que pourtant elle apporte des informations non-négligeables: Mary et Kitty ont été très gentilles et elles auraient soutenu leur grande soeur Jane si celle-ci le leur avait permis. Jane décrit ensuite le pourquoi de ce refus: Kitty est trop fragile et Mary est absorbée par ses études, on ne doit donc pas la déranger.
J'aurais préféré avoir toutes ces informations dans la version française, cela m'aurait peut-être évité cette impression de "bizarre" à la lecture d'Orgueil et Préjugés. Je suppose qu'il y a une bonne explication à ce genre de coupures, si vous la connaissez j'aimerais bien la connaître. ![]()
Mon avis sur cette oeuvre est donc mitigé, mais je relirai au moins un autre roman de Jane Austen en VO afin de me faire une idée définitive.
(P.S Neuneu: J'ai découvert au passage qu'Helen Fielding avait tout bonnement repompé le canevas d'Orgueil et Préjugés pour son "Journal de Bridget Jones"... on peut pas dire que je sois rapide à la détente! ^^;)
06 juillet 2008
La vierge froide et autres racontars, de Jorn Riel
(Aïe, déjà trois billets de retard pour le Challenge ABC... marre de ce mémoire!)
A la base j'avais prévu Joao Guimaraes Rosa à la lettre R avec son roman "Sagarana".
Je n'ai pas du tout accroché au début (pas la bonne période pour ce livre peut-être) et je l'ai donc remplacé par une série de nouvelles repérée chez un bouquiniste: "La vierge froide et autres racontars" de Jorn Riel. C'est la couverture qui m'a attirée, je l'ai trouvée très mimi.
La tradition:
Cap sur le Groenland avec Jorn Riel, écrivain baroudeur et conteur
malicieux. De son long séjour en Arctique il a rapporté des anecdotes,
des récits, des "racontars". En un mot, des histoires d'hommes seuls
sur une terre glacée où le soleil, l'hiver, se couche très longtemps.
Ces rudes chasseurs ont d'étranges faiblesses, des tendresses
insoupçonnées, des pudeurs de jeunes filles et des rêves d'enfants. Les
solitaires s'emplissent de mots tus et, ivres de silence forcé, ils
quittent parfois leur refuge pour aller "se vider" chez un ami. Ces
nouvelles de l'Arctique ont la rudesse et la beauté du climat qui les
suscite. Souvent râpeuses, toujours viriles, parfois brutales,
saupoudrées de magie et de mystère, elles nous racontent un monde où la
littérature ne se lit pas mais se dit, où l'épopée se confond avec le
quotidien, où la parole a encore le pouvoir d'abolir le présent et de
faire naître des légendes.
J'ai énormément apprécié ces nouvelles, leur côté loufoque est absolument délectable. Je les ai d'ailleurs dévorées le plus lentement possible (oui je sais que c'est antinomique) au rythme d'une par jour environ.
Les personnages sont complètement déjantés, les situations souvent cocasses (on pourrait renommer une nouvelle "la guerre des WC" par exemple) et le texte est un réel plaisir à lire.
Le fait que l'action ait lieu au Groenland est également peu commun et j'ai trouvé cet "exotisme" très agréable, je pense même que c'est le premier titre que je lis qui se déroule dans ce pays. On y découvre la vie des chasseurs (trappeurs?), leur isolement géographique et moral par rapport au reste de la planète, leurs rêves (se faire le plus d'argent possible avant de "retrouver la civilisation") et l'écoulement bizarre du temps si près du pôle.
De plus, malgré la brièveté du livre (157 pages) on s'attache à ces hommes vivant dans des conditions extrêmes, et bien que le ton des nouvelles soit résolument drôle on n'en détecte pas moins en filigrane toute la rudesse de leur vie et le désespoir voire la folie que peut engendrer leur solitude (au cours de deux nouvelles on rencontre des hommes qui s'attachent extrêmement à deux animaux - un porc et un coq - les seules choses qui étrangement les retiennent à la raison). La fin d'une des nouvelles tombe ainsi comme un couperet et la situation qui semblait si amusante glace brusquement les sangs...
Le lecteur se retrouve également confronté à la dénonciation des défauts de "l'homme civilisé", opposé aux habitants de ces zones inhospitalières: cupide, sentiment exagéré de sa propre importance, va-t'en-guerre, roué et malhonnête. Cependant, la description de ces différents défauts n'est pas lourde à lire, on en rit même beaucoup (ah, le personnage du Lieutenant!). ![]()
Jusque là j'avais peu accroché aux auteurs nordiques que j'avais pu lire (je serais bien incapable de dire pourquoi par contre), mais grâce à Jorn Riel cette erreur est réparée! J'ai vu qu'il avait écrit d'autres nouvelles, j'irai faire un tour chez mon bouquiniste à l'occasion afin de voir si les histoires se déroulent toujours au Groenland et si elles sont toujours centrées autour des mêmes personnages. :-)
Un petit extrait pour la route:
[Un soldat vient d'arriver du côté du Groenland où sont situés les hommes et ses rêves de grandeur se heurtent au pragmatisme des chasseurs]
- J'ai étudié la stratégie, et je sais pas mal de choses du travail sournois de l'ennemi. Nous allons défendre ce pays - il se haussa - pour la Nation et pour le Roi, dit-il solennellement.
- Et pour les Groenlandais, ajouta Valfred.
Bjorken hochait la tête, songeur.
- Ouais ouais, ça sonne assez juste tout ça. Et si tu es venu ici pour ces raisons, je suppose qu'on peut difficilement se débiner. Pourvu que tu ne déranges personne avec ta milice, nous n'avons pour sûr rien contre.
- Vous serez le noyau, hurla le Lieutenant, vous seuls pouvez défendre cette immense étendue! Ma tâche est de vous entraîner, de faire de vous les troupes d'élite du nord-est du Groenland.
- Ça prendra beaucoup de temps? demanda William le Noir, pensant avec inquiétude à la chasse au phoque de l'automne.
- Ça dépendra de votre volonté et de votre ardeur à apprendre, répondit le Lieutenant.
Il se trouve qu'il en va ainsi en Arctique: jamais on ne rejette une idée à priori, primo parce que cette idée pourrait, à y regarder de plus près, se révéler intéressante, secundo parce qu'on y voit toujours l'occasion de longues conversations et discussions instructives entre chasseurs.
P.S: Je viens de découvrir que ce livre avait été lu par un paquet de monde! Florinette propose également sur son site une biographie de Jorn Riel, par ici. ;-)
29 mai 2008
De grandes espérances, de Charles Dickens
Aaah, ça fait du bien de pouvoir se remettre à lire tranquillement, depuis un mois que je préparais mes examens et compagnie ça me manquait!
※
En choisissant un livre de Charles Dickens pour mon Challenge ABC je
dois dire que je craignais sa lecture. Un monstre sacré comme
Dickens ne pouvait écrire que des livres terriblement sérieux et durs à
suivre tellement ils devaient contenir de la Culture avec un grand C!
Eh bien... pas du tout.
Je n'ai quasiment pas vu passer ce livre, sauf le dernier quart mais je dirai plus loin pourquoi.
Un petit résumé du vraiment tout début de l'intrigue:
Pip est un jeune garçon rêveur et sensible. Élevé par une soeur revêche
et un beau-frère d'une nature excellente mais tenu sous la coupe de
cette maîtresse femme, il aime à traîner au cimetière où sont enterrés
ses parents. Les pierres tombales, bien évidemment, ajoutent à
l'atmosphère lugubre de l'Angleterre dépeinte par Dickens, toile de
fond au récit de l'ascension sociale de Pip.
Enfant,
avant même qu'un héritage inattendu éveille en lui "de grandes
espérances", il voit le monde à travers le filtre étrange de son
imagination qui frise parfois le surnaturel et le prédispose à la
rencontre avec deux êtres qui vont transformer sa vie : un forçat
évadé, figure qui reparaîtra de manière récurrente, et Miss Havisham,
vieille folle qui n'a de cesse, pour venger sa jeunesse bafouée,
d'exhorter Estella à briser le coeur de toute la gent masculine. C'est
chez elle, dans une demeure au temps assassiné, qu'il fera
l'apprentissage des bassesses de la nature humaine.

Les espérances évoquées dans le titre sont celles de tous les
personnages, du principal aux plus petits.
Pip espère ainsi toute son
enfance obtenir de l'argent afin de s'élever au-delà de sa condition de
simple apprenti forgeron, puis durant son adolescence et l'âge adulte
il espère rencontrer son illustre bienfaiteur dont il ne connaît rien.
Par-dessus tout, il espère conquérir le coeur de la belle Estella,
aussi inacessible que les étoiles dont elle porte le nom. Cependant, le
lecteur se rend bien vite compte que quelque chose cloche dans tout
cela car c'est un Pip ayant déjà vécu tout cela qui narre l'histoire;
et il ne manque pas de faire des allusions quant à la folie de ses
rêves.
Les grandes espérances sont également celles de Miss
Havisham qui ne souhaite qu'une chose: se venger des hommes pour ce
qu'ils lui ont fait endurer. Ce sont celles de Joe, le père adoptif de
Pip (bien qu'il ne soit jamais nommé de la sorte).
Ce sont celles de Wemmick, le clerc implacable et froid au travail,
mais familier et sympathique une fois chez lui. Ce sont celles du terrible Orlick, un personne
trouble et effrayant sans qu'on sache bien pourquoi. Et ce sont même
celles, extrêmement bien cachées, de Mr Jaggers, l'avocat inflexible qui manifeste autant de chaleur humaine qu'un iceberg.
Le style est vraiment très agréable, l'intrigue évolue bien sans qu'on s'impatiente (enfin, sauf le dernier quart), Dickens n'a pas oublié d'inclure une certaine dose d'humour - teinté de noir par moments (certaines scènes seraient très drôles dans un film par exemple) et l'histoire est en somme une fable sur l'argent qui corrompt même les meilleurs (en tout cas, c'est comme ça que je l'ai perçue).
On retrouve même une bose dose de suspense, ce qui ne gâche rien. Un exemple:
Dans le conte oriental, la lourde dalle qui doit tomber sur la couche
d'apparat dans l'ivresse de la victoire est lentement extraite de la
carrière, le tunnel où courra la corde destinée à maintenir la dalle à
sa place est lentement creusé dans le roc pendant des lieues, la dalle
elle-même est lentement soulevée et ajustée à la voûte, la corde est
assujettie à la dalle, et va rejoindre à plusieurs milles de là le
grand anneau de fer. Tous les préparatifs achevés à grand-peine,
lorsque l'heure est venue, on éveille le sultan au milieu de la nuit,
on lui met dans la main la hache aiguisée qui doit détacher la corde du
grand anneau de fer; il frappe, la corde se rompt, disparaît dans le
tunnel et la voûte tombe. De même pour moi; tous les travaux proches et
lointains qui tendaient au même but étaient achevés; en un instant le
coup fut frappé et le toit de ma forteresse s'écroula sur moi!
Cependant, j'ai quelques petites remarques à faire. Ainsi, l'évolution de Pip paraît complètement improbable. Par exemple, lorsqu'il apprend qu'il est un riche héritier, Pip est un jeune apprenti forgeron d'environ quinze ans si je ne me trompe pas. A cet âge-là, on peut dire qu'un être humain est influençable, certes... mais avec déjà des bases bien établies concernant son comportement, son caractère, ses habitudes, ses connaissances, ses habilités, etc. Cela d'autant plus que dans les années 1860 et des brouettes, l'adolescence était un concept inexistant: à quinze ans on était adulte et on bossait pour gagner sa croûte, point barre.
A cela il faut également ajouter qu'à cette époque-là, la distance entre les classes aisées et les classes pauvres était aussi facile à franchir qu'un gouffre béant. On pouvait difficilement passer d'un monde à l'autre à moins d'être pris très jeune à son milieu. Qu'à cela ne tienne!, pour Dickens, du jour au lendemain Pip prend des manières très mondaines et se comporte avec tous les tics d'un lord. Mouais...
Néanmoins, cela ne gêne pas la lecture du roman donc cela importe peu.
Par contre, venons-en maintenant à ce fameux dernier quart avec lequel je radote depuis tout à l'heure. Sans lui, le bouquin aurait été absolument génial. Sans lui, l'histoire aurait été tout à fait cohérente. Sans lui, je n'aurais pas eu envie d'entrer en communication avec Dickens dans l'au-delà pour lui demander ce qu'il lui avait bien pris de rédiger cette partie-là.
Ce quart commence au moment où Pip apprend enfin, après un suspense insoutenable qui a fait craindre pour lui la pire des malédictions, qui est son mécène et comme celui-ci a obtenu son argent .
On s'attend à un être épouvantable, un véritable Marquis de Sade mâtiné de Gilles de Rais! A vrai dire... ce n'est pas du tout ça et le soufflé retombe telle une vieille crêpe. Enfin... il est très probable que dans l'Angleterre Victorienne avoir une telle ascendance était pire que d'avoir un loup-garou dans la famille. Mais cela m'a laissé de marbre.
A la suite de cette révélation s'ensuit alors un imbroglio tout à fait imbuvable sur le fait que ça soit atroce d'être en contact avec une personne pareille, ô mon dieu il faut s'en débarrasser, oh et puis non en fait c'est quelqu'un de super sympa, la pauvre a eu tant de malheurs... Re-mouais.
J'ai particulièrement abhorré (carrément! ;)) le retournement de situation "à la Molière" où l'on découvre les origines d'Estella. Ça n'apporte vraiment pas grand-chose à l'intrigue et ça dure une centaine de pages environ. A la fin on ne peut pas s'empêcher de se faire la réfléxion "quoi? Tout ça pour ça? Mais ça n'apporte rien sauf une énorme digression!".
Pis: après ce looooooong passage, l'histoire reprend et une fin douce-amère vient rapidement conclure le roman. Alors pourquoi nous avoir conté tout cela? J'ai peut-être raté quelque chose.
Quant à la morale du roman, elle est simple: l'argent mal acquis ne profite jamais, qui plus est il a la capacité de corrompre même le meilleur des hommes. Seul le travail personnel permet à un individu d'avoir le repos de l'âme. Pourquoi pas? Après tout, on est dans un roman victorien! ![]()
09 mai 2008
Le Trône de Fer, de George R. R. Martin
J'avais choisi à la lettre M un auteur que je connais déjà et que j'adore, Carson McCullers. Puis plusieurs discussions avec des potes de mon geek m'ont mené à hésiter entre McCullers et Martin... vous voyez aujourd'hui le résultat de mes hésitations. :-)
Dans ce billet je ne vais pas parler seulement du premier tome (ce que j'avais prévu de faire à la base), mais des neuf premiers tomes du cycle, chez les éditions J'ai Lu. Il y en onze en tout à être sortis mais après avoir lu coup sur coup les neufs premiers j'ai besoin de m'aérer un peu la tête en lisant autre chose.

Je crois bien que j'ai trois éditions différentes, les présentations sont pas les mêmes...
Alors, pour résumer un peu le début de l'histoire: Après avoir zigouillé le roi légitime mais complètement fou du Trône de Fer quinze ans auparavant, Robert Barathéon est devenu le souverain des Sept Couronnes. Cependant, il vient de perdre sa Main (une espèce de premier ministre) d'une façon très étrange et brusque, et demande l'aide de son ancien compagnon de combat, Eddard Stark, gouverneur des froides terres du nord. Celui-ci accepte bien malgré lui cette offre et quitte alors son domicile avec une partie de sa famille (l'autre reste pour gouverner le Nord) pour devenir Main du Roi .
A son arrivée dans la capitale du royaume, Eddard Stark découvre un monde pourri par le mensonge, les intrigues de cours et l'hypocrisie. Pas facile de vivre dans un monde pareil quand on est soi-même un personnage probe et loyal...
Cependant, le terrible hiver qui peut durer plusieurs années approche et des créatures effroyables se massent aux portes des terres du nord tandis que sur un autre continent, les deux seuls héritiers en vie du précédent roi légitime complotent afin de recouvrer le trône des Sept Couronnes et cherchent à constituer une armée.
Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, ça serait gâcher tout le suspens. :-)

Comme tout cycle de fantasy, l'univers du "Trône de Fer" se déroule dans un monde fantastique où les dragons, les géants, la magie et consorts existent.
Néanmoins, ne vous y méprenez pas: l'histoire est centrée sur les protagonistes humains. Et qu'ils soient rois, chevaliers, grandes dames et beaux sires ou petit peuple et pires raclures... cela ne change rien à l'affaire, ils sont tous profondément humains, avec des défauts et des qualités comme vous et moi. Certains sont assoiffés de pouvoir, d'autres aspirent juste à mener leur petite vie tranquille, il en est qui mènent le jeu... et d'autres qui deviennent leurs marionnettes, inconsciemment ou pas. Car dans le trône de fer, il n'y a qu'un seul jeu qui est digne d'intérêt: le jeu des trônes (c'est d'ailleurs le titre du premier volume en anglais, "a game of thrones").
Les joueurs "suprêmes" manipulent à qui mieux mieux ceux qui sont incapables de se rendre compte qu'ils ne sont que des pions ou qui ne peuvent échapper à ce rôle... et comme dans tout jeu de stratégie, les pions ne servent qu'un temps pour affronter l'ennemi puis on s'en débarrasse une fois qu'ils n'ont plus d'utilité. George R. R. Martin sacrifie ainsi son cheptel de personnages au fur et à mesure que l'intrigue avance. Si vous êtes du genre à vous attacher fusionnellement aux personnages, vous risquez de ne pas vous en remettre. Qu'ils soient secondaires ou sur le devant de la scène, bon ou mauvais, jeunes ou vieux... ils finissent tous pas y passer. Comme dans la "vraie vie".
Cependant, le manichéisme n'est pas de mise dans "le trône de fer". En effet, l'histoire est vécue par le biais des personnages, chaque chapitre indiquant l'individu dont nous suivons le point de vue. Eddard Stark, Lady Catelyn son épouse, certains de leurs enfants comme Arya, Sansa ou Bran... mais également Jaime, Tyrion ou encore Cersei (les "méchants" au début du cycle). Le lecteur en vient ainsi à comprendre les motivations de chacun et celui qui passait pour la pire des pourritures devient tout à coup un gars bien sympa qu'on plaint... ou au contraire, celui qui avait l'air d'un gars bien devient un assassin... dont on saisit malgré tout les motivations sous-jacentes.
De plus, une autre grande force de ce cycle est la capacité des individus à évoquer d'autres situations, d'autres histoires. [Attention, séance "j'me la pète en étalant bien ma maigre confiture culture"] Par exemple, Eddard Stark, sa femme et leur relation à leur fils aîné Robb m'ont beaucoup rappelé le début de Dune. On pourrait presque les intervertir avec Leto Atréides, Lady Jessica et Paul.
Il y a également du Madame Bovary dans Sansa Stark qui rêve d'amour courtois alors que la plupart des hommes qui l'entourent sont des soudards assassins, violeurs et pilleurs. En gros c'est une gourdasse totale qui me donne envie de la secouer comme un prunier.
Et à l'opposé de Sansa, Cersei Lannister (la reine donc) ressemble énormément à Lady Macbeth. Elle pousse les autres à faire ce qu'elle souhaite en les manipulant avec maestria, elle est froide, déterminée, n'hésite pas à donner de sa personne (dans tous les sens du terme) et aussi venimeuse qu'un aspic.
Enfin, Jon Snow et son loup-garou font inévitablement penser à l'Apprenti Assassin de Robin Hobb... en beaucoup moins agaçant pour moi ("je le fais mais je le fais pas mais si mais non c'est mal mais c'est mon devoir", ça me rend dingue).
Bien que j'insiste sur les aspects "intrigue" et "caractère des personnages", "le Trône de Fer" possède une autre force: ses descriptions. Martin a été (est toujours?) scénariste, et ça se sent. Il ne néglige pas ses "décors" et leur donne une dimension tout à fait réelle.
Ainsi, les continents sont très différents en fonction du climat qui y règne, il y a des marécages et des cours d'eau qui entravent le passage des armées, des déserts meurtriers pour qui ose les traverser, des contrées où le vin y est meilleur qu'ailleurs grâce au temps toujours clément...
Les tenues sont également très détaillées et chaque Maison majeure ou mineure arbore ses propres armoiries... à un point tel que parfois ça en devient saoulant. Quand on voit une description de personnes tout ce qu'il y a de plus mineurs et de leurs armoiries pendant une vingtaine de lignes, ça devient vite très casse-pied. D'autant plus que c'est un tel flot d'informations qu'on l'oublie aussitôt. Et que ce type d'énumération se présente quand même pas mal de fois dans certains tomes. Mais ce n'est qu'un petit défaut par rapport à la qualité des descriptions. :-)
Martin n'hésite pas non plus à être réaliste, ce qui risque d'écoeurer certains lecteurs. Relâchement des sphincters au moment de la mort, personnages qui se pissent dessus de peur, et même femmes ayant leurs règles (tabou suprême quand on y pense; il suffit pour s'en rendre compte de voir une pub pour des tampons ou des serviettes hygiéniques, le liquide est toujours... bleu??? Quelle femme perd ce genre de liquide?)! Malgré tout, dans mon cas le réalisme de ces descriptions pas forcément ragoûtantes a constitué un attrait supplémentaire.
Enfin, j'en viens à une force tout à fait majeure du cycle du Trône de Fer sans laquelle ces livres seraient bien moins intéressants dans leur édition française: son traducteur, Jean Sola.
Cet homme traduit divinement bien, je ne vois rien d'autre à dire. Il a été chercher d'anciennes tournures françaises, d'anciens mots peu usités et a fait un travail remarquable.
C'est comme ça que j'ai vu le terme "engeance" apparaître dans le roman, ce qui m'a vraiment plu. A l'heure actuelle c'est un mot quasiment en voie d'extinction, peu de personnes semblent connaître sa signification... alors que pour moi c'est un mot courant que j'emploie très souvent. Mais seulement parce que mes grands-parents l'utilisaient dans leur patois ("mauvaise engeance" est une insulte que je prononce volontiers ^^;).
Jean Sola a également veillé au grain pour ce qui est des petits détails. J'en veux pour preuve le personnage de Brienne de Torth... qui s'appelle dans la version originale Brienne de Tarth. Vous allez me dire "c'est un ptit détail de rien du tout". Certes... mais ce détail suffit à ne pas rendre Brienne plus ridicule qu'elle ne paraît dans "Le Trône de Fer". Je suppose que le traducteur a pensé à la lecture qu'en feraient les lecteurs français... et que Brienne se serait retrouvée bien rapidement appelée "de Tarte". Pas terrible pour une héroïne. [Ce n'est qu'une hypothèse, si quelqu'un peut l'infirmer ou la confirmer, ça m'intéresse! :-)]
Voilà pour les aspects "achetez cette saga!". ![]()
En ce qui concerne les aspects négatifs, j'ai un gros coup de gueule à pousser contre les éditeurs français du Trône de fer, Pygmalion et J'ai Lu.
Tout d'abord, pourquoi avoir traduit "A Song of Ice and Fire" ("Un Chant de Glace et de Feu") par "Le Trône de Fer"? Si l'auteur a mis l'emphase sur la glace et le feu, qui représentent certainement des choses importantes dans sa saga, pourquoi aller mettre l'accent sur le trône de fer? Le lecteur perd une part de la signification de l'histoire je pense, et il semblerait que nous nous en apercevions surtout dans les tomes encore à venir avec les révélations sur le fils du prince Rhaegar, définit comme étant "un chant de glace et de feu".
Ensuite, c'est quoi cette histoire de diviser chaque tome anglophone en deux, voire trois, voire quatre tomes français? A l'heure actuelle il n'est sorti que quatre tomes en anglais... et nous, francophones, nous retrouvons avec DOUZE tomes chez Pygmalion et ONZE chez J'ai Lu (incomplets)!?
Pour avoir moi-même fait de la traduction, je sais bien que l'anglais est une langue plus concise que le français et qu'il est habituel de voir un livre traduit en français prendre jusqu'à un tiers supplémentaire de volume... mais là, passer de quatre à douze??? Ça sent l'histoire de gros sous à plein nez cette affaire-là... surtout quand on voit que j'ai acheté le tome quatre anglais ("A Feast for Crows", "Un Festin pour les Corbeaux") pour 10.50€ tandis que les deux tomes représentant les deux premières parties de ce volume en français sont à 8€ l'unité... Si "A Feast for Crows" est départagé en quatre, cela reviendra à 32€ le bouquin complet. Plutôt cher je trouve. Et ce d'autant plus que dans un autre domaine, un pavé comme "Les Bienveillantes" a réussi à être imprimé en un seul volume! Groumpf.
A gauche, le quatrième tome en anglais ; à droite, les deuxième et première parties en français... la troisième arrivera un de ces quatre
De plus, je n'aime pas non plus les titres donnés à ces différentes parties. "A game of Thrones" ("Le Jeu des Trônes") devient chez J'ai Lu "le Trône de Fer" et "Le Donjon Rouge", "A Clash of Kings" ("Un Affrontement de Rois") se transforme en "La Bataille des Rois", "L'Ombre Maléfique" et "L'Invicible Forteresse"... Si toute traduction est une trahison, là c'est carrément un massacre. Surtout quand on voit que le tome trois, "A Storm of Swords" a été scindé par un éditeur anglophone en deux sous les titres "Steel and Snow" ("Acier et Neige") et "Blood and Gold" ("Sang et Or"), bien plus respectueux de l'univers du Trône de Fer...
Enfin, pour bien parachever le tout, l'édition française a zappé 95% des appendices situés à la fin des volumes anglophones alors que ceux-ci permettent de s'y retrouver dans la foule des personnages et des Maisons... Re-groumpf.
Franchement, j'aimerais bien avoir des explications à ces changements, histoire de comprendre un peu tout ça.
Pour terminer ce billet, comme vous l'aurez compris, le cycle du Trône de Fer est pour moi mon deuxième gros coup de coeur de l'année après Jane Eyre. Achetez-le!!! ![]()
P.S: Bon maintenant il ne reste plus qu'à attendre que les trois derniers tomes sortent... ou plus exactement que George R. R. Martin les écrive. ^^;
P.P.S: Bonne nouvelle (si vous lisez l'anglais), "A Dance with Dragons" sortira fin septembre si tout va bien. Pour suivre l'actualité de George R. R. Martin, son site officiel.
P.P.S: Michael Komarck a fait des illustrations magnifiques de ce cycle, tapez "a song of ice and fire" dans Gogol et vous pourrez en admirer certaines.
P.P.P.S: La musique qui va bien avec:
03 avril 2008
L'affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde
Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de
religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour
s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats,
découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les
revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de
traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions,
on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Alors, lorsque Jane Eyre,
l'héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron
Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de
prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de
Charlotte Brontë d'une fin certaine...
Ça faisait déjà un petit temps que j'avais le livre dans ma bibliothèque et j'avais déjà essayé de le lire, mais à l'époque, impossible de rentrer dans l'histoire. Au bout de cinq pages je l'avais reposé en me disant que ça me reprendrait bien un jour ou l'autre. Plutôt après avoir lu "Jane Eyre" d'ailleurs, sinon je risquais de pas comprendre grand-chose. :-)
Or, depuis que j'ai lu ledit "Jane Eyre" je souffre de monomanie eyrienne et je cherche à savoir tout ce qui existe sur la question, y compris tout ce qui en est dérivé. "L'affaire Jane Eyre" est donc passé(e?) à la casserole.
J'ai été plutôt surprise de découvrir que c'était somme toute une affaire policière assez habituelle, je m'y attendais pas du tout. Comme quoi j'aurais mieux fait de lire attentivement la quatrième de couverture.
Heureusement, l'intérêt du livre ne repose pas uniquement sur cet aspect et l'histoire et l'univers parallèle créés par Jasper Fforde sont complètement farfelus (mais aussi parfois dramatiques, la guerre de Crimée évoque beaucoup la Première Guerre Mondiale et son absurdité). Entre autres, on peut rentrer dans les livres et rencontrer leurs personnages (ou ils peuvent sortir et vous rencontrer dans la réalité, ça dépend), la lecture est l'objet d'une vénération par quasiment tout le monde, voyager dans le temps n'est pas un problème et le Pays de Galles est une république indépendante du Royaume-Uni.
On retrouve même des traces de loufoquerie dans le style de l'écriture. Un de mes passages favori:
Il tambourina sur le gros livre qui constituait la base du Portail de la Prose et regarda les vers génétiquement conçus de Mycroft. Ils en étaient au repos & récupéraient dans leur bocal à poisson ; après un bon gueuleton de prépositions, ils lâchaient joyeusement apostrophes et esperluettes - l'air en ét'ait sa'turé&. [...] Les vers correcteurs réagirent en éructant sans raison des majuscules en masse.
- To'ut Ce Qui Est Conc'evable Par L'Imag'ination Hu'maine, Nous Pouvons Le Reproduire.
J'ai aussi été bien amusée par les dodos (les zoziox disparus chez nous) qui apparaissent de-ci de-là et leurs "plocks plocks" de joie/inquiétude/contentement/intérêt/autres. ^_^
D'un autre côté, j'ai également beaucoup aimé "l'affaire Jane Eyre" car les livres que je lis entrent souvent dans mes rêves. Je me retrouve ainsi à voir des évolutions complètement inédites (tu m'étonnes!) des histoires. Là on retrouve ce genre de "distorsion" à peu de choses près.
Par exemple, "Jane Eyre" n'a pas du tout la même fin que dans notre monde (non non, je ne révèlerai ni l'une ni l'autre :)). Sans parler des récits modifiés à des fins plus ou moins avouables par des personnages diaboliques. Un pauvre quasi-anonyme se fait ainsi prendre en otage en dehors d'un roman de Charles Dickens puis zigouiller afin de prouver que ses assassins ne sont pas des rigolos.
Pour faire court, j'ai donc apprécié la lecture de ce bouquin et j'ai déjà en stock la suite aux éditions 10/18 (merci le bouquiniste qui vendait les deux ensemble!). ![]()
Par contre, un point négatif auquel Jasper Fforde ne peut rien: à la fin de ma lecture je me suis sentie franchement stupide car certains des auteurs évoqués m'étaient complètement inconnus. Honte à moi. ^^;
P.S: Ah au fait, je confirme, vaut mieux avoir lu "Jane Eyre" avant. Pasque sinon c'est un peu obscur tout ça.
18 mars 2008
Personne n'y échappera, de Romain Sardou
Comme d'hab', quatrième de couverture:
New Hampshire. Hiver 2007. 24 corps sont découverts dans le sable
enneigé d'un chantier d'autoroute. 24 cadavres. Tués d'une balle en
plein cœur, sans aucune trace de lutte. Sacrifice de secte ? Suicide
assisté ? Gigantesque règlement de comptes? Plus incroyable encore :
personne ne les réclame. Pas un mari inquiet, pas une mère affolée, pas
un collègue de bureau ne prend contact avec la police. Le même soir,
Frank Franklin, 29 ans, jeune professeur de littérature, arrive pour
son nouveau poste dans une université qui jouxte le chantier des 24.
Très vite, quelque chose l'inquiète sur le campus. Bientôt, il va
comprendre qu'il a été entraîné dans un terrifiant jeu de dupes...
Avant de commencer, un petit avertissement: ce résumé n'indique pas du tout ce qui se passe réellement. Enfin, moi j'ai eu l'impression en le lisant qu'il y avait un truc pas net au sein de la fameuse université. Eh bien que pouet, l'histoire n'évoque jamais ou presque cet aspect. Alors je me suis peut-être fourvoyée en lisant la quatrième de couverture, mais elle ne me semble malgré tout pas correcte.
A la base j'avais décidé de lire un roman de Luis Sepulveda mais au dernier moment j'ai changé d'avis. J'avais adoré "pardonnez nos offenses" de Romain Sardou et la couverture de son dernier livre m'intriguait, je me suis donc dit "pourquoi pas?". Surtout que je lis peu de thrillers/polars/policiers (ils me tombent des mains dans 90% des cas), donc autant en inclure un chouïa dans mon Challenge ABC! :-)
Et pour tout dire, j'ai fini le roman très rapidement. Le style est agréable à lire (bien que parfois trop détaillé... peut-être pour coller au personnage du "gros méchant" qui adore en rajouter des couches sur les détails), très fluide. On ne se rend pas compte des pages qui passent.
Cependant, "personne n'y échappera" présente un très gros défaut à mon sens: en le lisant, j'ai eu l'impression de ne voir qu'une très loooooongue série de clichés. Je ne sais pas si c'est habituel dans ce type de roman, mais le flic curieux et incorruptible, le jeune prof débutant mais en même temps super motivé, l'agent du FBI très cachottière, la rivalité entre les différents services de police, l'école ultra friquée isolée au milieu de nulle part, le tueur en série super méchant et incroyablement intelligent, les parents super protecteurs envers leur fille, le fondateur de l'école mystérieux et excentrique... ben ça fait un peu beaucoup de stéréotypes pour un bouquin.
Je n'ai pas trop non plus apprécié que l'histoire se passe aux Etats-Unis, j'ai trouvé que ça faisait encore plus cliché.
Et ce qui est dommage, c'est que certains de ces éléments sont peu ou pas exploités... ça aurait donné plus de consistance à l'histoire, c'est bête. Mais bon, puisque c'était une première pour Romain Sardou, je ne me plains pas (trop), l'histoire est rondement menée et c'est l'essentiel. ^^
De plus, j'ai trouvé que la façon de traiter le sujet était assez originale: on sait rapidement qui est le "gros méchant" et ce qu'il a fait... ce n'est pas ça ce qui importe le plus ici, c'est plutôt la procédure mise en place afin de l'attraper qui l'est, les tours et les détours tortueux de sa façon de penser. Ce qui est déjà pas mal. :)
J'ai également beaucoup apprécié qu'on n'insiste pas 150 ans sur les détails glauques/gores/macabres, ils sont décrits mais rapidement, il n'y a pas d'insistance sur les trucs les plus ignobles.
Bref, "personne n'y échappera" ne révolutionne rien mais on passe un bon moment de lecture et ça ne laisse augurer que de meilleurs romans par la suite.
12 mars 2008
Pyramides, de Terry Pratchett
A tout seigneur tout honneur, la quatrième de couverture:
Assis sur un bloc de pierre, le fantôme du pharaon regardait les deux
embaumeurs s'affairer sur sa dépouille. Tout compte fait, on a du mal à
se réjouir du spectacle de deux artisans plongés jusqu'aux coudes dans
ses entrailles. Quant aux blagues de circonstance... " Maître Aneth,
dit le nouvel apprenti, ce boulot, ça remue les tripes mais qu'est-ce
qu'on se boyaute ! " Car Teppicymon XXVII est mort et son fils va lui
succéder. Pas facile d'hériter du trône quand on est encore un ado et
qu'on vient d'achever ses études à la Guilde des Assassins... Vous
voilà responsable du lever du soleil comme de l'abondance des récoltes.
Et les ennuis vous guettent : vaches grasses, vaches maigres (par 7,
bien entendu), sphinx, prêtres fanatiques, crocodiles sacrés et momies
vagabondes. Sans compter que la Grande Pyramide a précipité le royaume
dans une faille spatiotemporelle.A
"Pyramides" est le septième tome des Annales du Disque-monde, c'est-à-dire qu'il fait partie des premiers tomes de cette très longue série! Malheureusement je ne l'ai découvert que maintenant alors que je l'avais depuis quelques temps dans ma bibliothèque, principalement parce qu'il ne traite pas de mes personnages préférés: le magicien calamiteux Rincevent, Cohen le Barbare et LA MORT. Pas bien Youplala, la prochaine fois tu seras un peu plus curieuse! ![]()
Bien que LA MORT (détrompez-vous, elle est un il en vrai... enfin... un euh... mâle... homme... une incarnation anthropomorphique masculine) fasse une apparition, le personnage principal ici est Teppicymon XXVIII. Teppic de son ptit nom a décidé de moderniser son vieux royaume et part donc suivre une formation chez la Guilde des Assassins de la grande ville d'Ankh-Morpork. A peine a-t-il réussi ses examens que de drôles de choses se passent chez lui, le forçant à rentrer au triple galop.
Comme à chaque fois, l'intrigue des romans de Pratchett est plutôt légère et ce n'est pas vraiment l'intérêt principal du livre. Bien au contraire, ce qui intéresse le lecteur c'est le délire continu du Disque-monde.
Ainsi, son multivers ressemble de manière étonnante au nôtre à quelques tout petits détails près. Par exemple, les chameaux sont de très fameux mathématiciens dont les capacités sont insoupçonnées, le Sphinx (certainement un cousin de celui qui a barré la route à OEdipe) est un vrai couillon, les Grecs et les Troyens sont transformés en peuplades du cru et la Guilde des Assassins a pignon sur rue, y a pas de sot métier après tout mais que de sottes gens (qui se font zigouiller aussi sec si elles ne sont pas aimables envers la Guilde d'ailleurs).
A part ça les jeux de mots de mots débiles sont toujours là, les descriptions et les remarques loufoques sont légion et les personnages ont toujours un sérieux grain de folie.
Un petit exemple? Contexte: la Guilde des Assassins est l'unique obédience autorisée à trucider/buter/supprimer à Ankh-Morpork, et gare aux free-lance qui essayent d'empiéter sur ses plates-bandes, ses membres ne sont pas trop enclins à règler les problèmes de concurrence par une négociation. Citation: "Il y avait pourtant toujours quelques esprits indépendants qui se
risquaient à gagner une vie précaire en marge de l'illégalité, et cinq
hommes de ce genre se rapprochaient prudemment du trio [Teppic et ses deux amis] pour lui
proposer la promotion de la semaine: une gorge tranchée plus vol et
sépulture dans la vase fluviale de leur choix."
Pour ce qui est de la forme, j'ai eu la chance de trouver quelques tomes de l'Atalante (l'éditeur de base du Disque-monde en France) chez un bouquiniste et y a pas à dire, ces livres sont plus agréables à lire et bien plus beaux que ceux de Pocket. Ne serait-ce que pour l'illustration sur la couverture, magnifique comme d'habitude.
Au final j'ai beaucoup aimé me replonger dans un des volumes du Disque-monde, la parodie de l'Egypte ancienne m'a bien fait rigoler et comme m'avait prédit Aurore, je ne verrai plus jamais les chameaux de la même manière! Un très bon Pratchett à mon sens. ![]()
P.S: La photo de la fameuse couverture viendra dès que mon geek sera rentré de son week-end geekeries avec ses potes, là j'ai un pc de remplacement qui agit parfois bizarrement... ;) Valà c'est fait.
24 février 2008
La bonté: mode d'emploi, de Nick Hornby
La fameuse quatrième de couverture pour commencer:
Hornby change de genre: ce quatrième roman est écrit à la première personne au féminin. Et ça marche formidablement bien: en quadra anglaise, cet homme-là a tout bon. Non seulement il arrive à se glisser dans notre cerveau, mais, plus fin et plus fort, il épingle les tics masculins qui donnent à n'importe quelles femmes sensées des envies de meurtres. La Bonté: mode d'emploi narre l'histoire de Kate, juste quelqu'un de bien, comme dit la chanson, médecin pour tenter de soulager les maux de ses prochains. Problème, ces derniers temps, ses patients la gonflent sérieusement. Son mari, ses enfants, son amant aussi. Bref, un jour de blues, elles annonce à son époux son intention de divorcer. Que n'avait-elle dit là? Les premiers rochonnements d'usage passés, David décide de tenir bon. Sur le papier ça a l'air bien. Dans la vraie vie, c'est le drame.
Olivia de Lamberterie, Elle
C'est la première fois que je lis un livre de Nick Hornby et je dois dire que je ne sais pas trop quoi en penser. Pas au sens où le roman m'a laissée perplexe face aux questions abordées, mais plutôt dans le sens où je ne sais pas quoi en dire (ce qui est carrément rarissime chez la bavarde que je suis :-)).
On rentre bien dedans, on s'amuse un peu, on ne s'ennuie pas, les pages se lisent vite... mais je n'ai pas accroché aux personnages ni à leur vie. Je n'en ai strictement rien eu à faire de ce qui leur arrivait et pourquoi, je suis restée indifférente.
Je me suis fait la réflexion qu'en pièce de théâtre ou en film, "la bonté: mode d'emploi" m'aurait bien plus amusée (d'ailleurs, ça pourrait être très facilement adapté je pense) tandis qu'ici les scènes passaient et je les oubliais presqu'aussitôt.
De plus, je trouve que la critique d'Elle y va fort en disant que Nick Hornby retranscrit super bien le mode de pensée d'une nana ayant la quarantaine. Bon ok, j'ai pas la quarantaine (même pas la trentaine même si j'en approche) mais je n'ai pas trouvé que le discours de son héroïne ressemblait tellement que ça à celui d'une femme. Pour moi, un homme aurait pu penser la même chose sans problème, voire même un extra-terrestre. ;)
Pour conclure cette critique très brève, je dirais que ce roman est une chouette lecture et que je lirai d'autres Nick Hornby afin de mieux me faire une idée de son travail, car ici je suis restée à l'extérieur de ce qu'il se passait. Mais "la bonté..." ne me laissera certainement pas un souvenir indélébile: vite lu, vite oublié.
Une autre critique: celle de Thom. :-)
18 février 2008
Jane Eyre, de Charlotte Brontë
C'est le troisième livre que j'ai lu dans le cadre du Challenge ABC 2008. :-)
Un ptit résumé de l'histoire: Jane Eyre est une orpheline recueillie par sa méchante marâtre tante qui ne l'aime pas et qui le lui montre chaque jour qui passe. Lassée de voir sa nièce, la tata pas sympa (ok, ce jeu de mot est pourri) l'enverra dans une école pour jeunes filles sans fortune où Jane apprendra tout ce qui lui sera nécessaire afin de devenir enseignante. Une fois qu'elle sera en âge de se prendre en charge, elle quittera son école afin d'aller travailler chez un certain Mr Rochester où elle éduquera la pupille de celui-ci. La relation entre Jane Eyre et son maître ne restera pas purement professionnelle, mais des tas d'obstacles se dresseront entre eux dont un terrible secret.
Wutherings Heights d'Emily Brontë est l'un de mes romans favoris et je m'étais jurée un jour de lire les oeuvres de ses soeurs afin de voir si elles avaient été aussi bonnes qu'elle, et j'ai plus particulièrement choisi Jane Eyre car Boréale avait rédigé il y a quelques temps un article élogieux dessus.
Je dois dire que je n'ai pas été déçue. Je ne sais pas ce que me réservent les autres livres du Challenge ABC, mais Jane Eyre restera assurément l'un de mes plus grands coups de coeur de l'année (je suis même déterminée à le relire en anglais afin de mieux en saisir les subtilités). ![]()
J'y ai retrouvé un peu le même genre d'ambiance que dans Wuthering Heights, mais en moins violente et tourmentée. On y retrouve les thèmes de la destinée, de la blessure à vif d'un homme seul, de la monstruosité, du bonheur inaccessible et de la vengeance... mais le personnage principal est bien différent d'Heathcliff ou Kathy.
Jane est un personnage très sensé, elle a la tête sur les épaules, une haute estime d'elle-même et elle foule joyeusement du pied les préjugés sociaux de l'époque qui voulaient qu'une femme soit une pauvre petite chose fragile et stupide tandis que la classe sociale était la chose la plus importante qui soit.
Quant à l'histoire, bien qu'elle paraisse gnangnan quand on lit le résumé je l'ai trouvée tout à fait juste. Pas de mièvrerie casse-pieds, pas de héros surhumains. D'ailleurs, le fait que Jane soit décrite comme pas très jolie et que Mr Rochester soit carrément laid m'a bien aidée à plus rentrer dans le roman car ces personnages semblent tout ce qu'il y a de plus normal. Ils doutent, ils prennent certaines décisions puis s'en repentent, ils se font arnaquer, ils ne savent pas quoi faire et ensuite se retrouvent coincés dans certaines situations pas géniales... comme vous et moi en gros. :-)
Bien sûr, certains coups de théâtres assez hallucinants sont de temps en temps glissés dans l'intrigue afin de faire avancer les choses. Au point que je me suis demandée si Charlotte Brontë n'était pas fan de Molière pour faire des retournements de situation aussi abracadabrants. Surtout au cours de la troisième partie du roman, où là il y a vraiment des évènements complètement dingues qui se produisent. Et forcément, Jane Eyre baisse un peu en qualité au cours de ces passages. Mais le reste est tellement chouette qu'on lui pardonne. :-)
Pour finir, sans savoir que cela avait été étudié maintes et maintes fois, j'ai trouvé que Jane Eyre ressemblait beaucoup à Rebecca de Daphné du Maurier (enfin, plutôt le contraire vu leur date de parution ^^). En beaucoup moins chiant (j'ai jamais fini Rebecca, c'était beaucoup trop lent pour moi). Par exemple, il y a pas mal de descriptions dans Jane Eyre et dans Rebecca. Ben dans ce dernier je me suis emm**dée comme un rat mort, alors que dans le premier c'est passé comme une lettre à la poste.
Maintenant il ne me reste plus qu'à lire "the professor" de Charlotte Brontë afin de voir si je peux revivre les mêmes sensations de lecture. ![]()
![]()
P.S: Je trouve que ce morceau est tout à fait adapté au roman. :-)
05 février 2008
Zut, on a encore oublié madame Freud... de Françoise Xenakis
Comme le veut la tradition (comment? Mais si y en a une :-)), voici la quatrième de couverture:
"Eh oui, il y avait une Mme Freud! Une gracieuse et sereine bourgeoise mais que son instinct et quelques 'images' d'enfance avaient instruite très tôt de ces choses que son cher Sigi peinerait tant à découvrir... Et Mme Marx, vous connaissez? Elle s'appelait Jenny von Westphalen, et c'était une jolie baronne. Dans l'ombre du génial et coléreux prophète, l'attendait une vie écrasée par la plus noire misère. Et Xanthippe, la femme-enfant de Socrate, était-elle vraiment la méchanceté même? Et Adèle Hugo, était-elle réellement aussi sotte? Dans ces biographies semi-imaginaires et pimentées d'érotisme, Françoise Xenakis a voulu sauver de la médisance ou de l'oublie ces femmes qui toutes ont vécu un amour hors du commun. Mais qu'il est dur parfois d'être l'épouse d'un grand homme!"
J'ai choisi ce livre parce qu'il y a peu d'auteurs qui portent un nom commençant par X mais aussi parce qu'il y a bien des années j'avais entendu la chronique de ce livre à la radio. Je l'avais oublié, puis en faisant le tour des bouquinistes je suis tombée dessus et je me suis dit que ça serait une bonne occasion d'enfin le lire. :-)
Le livre se présente sous forme de cinq nouvelles ayant chacune pour héroïne une épouse illustrement inconnue.
J'aime bien le principe de parler de ceux et celles auxquels on ne pense jamais quand on parle de ces "grands hommes", comme s'ils avaient vécu en ermite toute leur vie. Pourtant, c'est loin d'être le cas! Le lecteur découvre que bien souvent ces hommes célèbres ont fait vivre une vie de misère à leur famille, comme par exemple les Marx qui ont vécu dans les coins les plus pourris de Londres* et dont un des enfants est mort de faim. Ou encore Mahler dont une lettre est reproduite et qui demande à sa fiancée et future épouse de renoncer à composer de la musique (alors que c'était une de ses passions) car il ne pouvait y avoir qu'un seul Mahler compositeur!
Néanmoins, il ne faut pas oublier qu'une bonne partie de ces nouvelles est romancée et sortie de l'imagination de Françoise Xenakis, donc il ne faut pas tout prendre pour argent comptant.
J'ai plus accroché aux histoires de Mmes Marx, Hugo et Mahler. Xanthippe ne m'a pas trop intéressée car bien évidemment il n'était pas facile de parler d'elle avec le peu de renseignements que l'on possède et quant à Mme Freud je pense que j'ai tellement été gavée avec son très cher mari au cours de mes études de psychologie que j'éprouve un rejet définitif pour tout ce qui le touche de près ou de loin. ^^
Au final j'ai bien aimé lire ce court livre (250 pages) et je l'ai trouvé agréable, même si ce n'était pas la révélation du siècle. :-)
* Pour une description de la vie dans les quartiers de Londres où Jack l'Eventreur s'est "amusé comme un petit fou", je vous conseille de lire "le Peuple d'en bas", de Jack London.

